Pierre-Marie Tricaud, François Dugeny, Françoise Guyon, Véronique Kargerman
Le cours de la Bièvre est d’environ 36 km, mais 20 km sont encore à ciel ouvert, 11 km canalisés sous dalle et 5 km dans Paris n’ont plus d’eau.- © IAU îdF
Au lieu de passer sous le boulevard Kellermann par un nouveau tunnel, la Bièvre pourrait emprunter à nouveau la poterne des Peupliers, qui serait réaménagée en poterne d’eau, comme à l’origine.- © IAU îdF
Rue Pascal, la Bièvre coulerait sur le côté est, en laissant un quai bas ou une plate-forme plantée au-dessus du collecteur Pascal situé dans l’axe de la rue.- © IAU îdF
Il suffirait d’approfondir cette cour (Cour anglaise, le long de la galerie du musée Botanique) d’1 mètre pour créer un lit compatible avec l’écoulement gravitaire recherché.- © IAU îdF
Juin 2003
La Bièvre est le seul affluent parisien de la Seine. Sa vallée, bien marquée sur la plus grande partie de son cours, part de la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines au cœur de Paris. La Région d'Île-de-France agit pour faire revivre cette rivière, en collaboration avec les collectivités locales traversées, les différents gestionnaires de l'eau et de l'aménagement : la Ville de Paris, 4 départements, 49 communes, des syndicats importants tels que le SIAAP et le SIAVB. Avec ces partenaires, elle a fondé en juin 2000 l'association Bièvre rivière d'Île-de-France.
Mais si la partie amont a conservé son caractère rural, aujourd'hui protégé par un classement de site, la Bièvre a disparu de la partie urbanisée : l'égout à ciel ouvert qu'elle était devenue au XIXe siècle a été transformé en égout véritable. En banlieue, elle coule sous des dalles de béton, installées au cours de la première moitié du XXe siècle. À Paris, son lit lui-même a disparu presque partout entre la fin du XIXe et le début du XXe. Ses eaux ont été conduites dans le grand collecteur de la rive gauche, puis dans des déversoirs qui les rejettent en Seine avant même d'entrer dans Paris.
La renaissance de la Bièvre, de la source au confluent, est donc un projet d'envergure régionale, mettant en jeu de nombreux partenaires et posant des problèmes très contrastées : préservation à l'amont, réouverture en banlieue, restauration à Paris.
De son côté, la Ville de Paris a identifié trois sites possibles de réouverture sur son territoire et proposé un système hydraulique permettant d'utiliser une partie de l'eau de la Bièvre.
Dans ce contexte, l'IAU île-de-France a préparé plusieurs documents : une étude sur l'ensemble de la vallée (Bièvre, rivière d'Île-de-France, en 1999) ; une étude sur la préservation et la mise en valeur de la partie amont, réalisée pour l'Agence des Espaces Verts de la Région (La Vallée de la Bièvre, publiée en 2002) ; et en 2000, une travail sur sa réouverture à Paris, présentant des idées concrètes d'aménagement, avec de nombreuses visualisations.
Cette étude cadre d'abord la problématique et les enjeux d'un projet de renaissance de rivière urbaine. Elle propose des principes généraux basés sur les conclusions de la problématique « Quelle restauration pour quelle Bièvre ? », appliqués à la Bièvre dans l'agglomération parisienne, mais valables pour beaucoup de restaurations de rivières urbaines. Enfin, elle décrit des aménagements locaux dans Paris qui déclinent ces principes généraux (La nouvelle Bièvre, du Périphérique à la Seine). Ces aménagements locaux comprennent la réouverture de la rivière ou la possibilité de suivre son cours, son insertion dans le tissu urbain et la valorisation des espaces de circulation ou verts, publics ou privés, à ses abords.
La reconstruction est un acte opérationnel, qui vise à redonner existence à un objet réel. Elle s’applique à ce qui a été construit, puis détruit, donc à un bâtiment, un ouvrage, une ville, plus qu’à un jardin, une rivière ou tout autre paysage.
La restauration est un terme plus complexe. La restauration vise à redonner à un objet sa qualité, son essence, son esprit d’origine, quand la reconstruction, plus littérale, échoue à le rendre, voire est impossible.
Réhabilitation et reconquête sont largement employés à propos d’urbanisme et de paysage, mais dans un sens figuré. Dans le cas d’un milieu qui fut naturel (tel qu’une rivière) et qui a été profondément altéré par l’action de l’homme, on utilise aujourd’hui le néologisme de «renaturalisation» quand il s’agit de créer un nouvel état ressemblant davantage à ce qu’on peut trouver dans la nature, sans que ce soit nécessairement l’état d’origine.
La réouverture, pour une rivière qui a été couverte, est un strict retour à l’état d’origine - ou au moins s’en rapproche.
Renaissance et restauration ont des sens voisins. La renaissance dépasse souvent le retour aux sources pour s’ouvrir sur une création nouvelle.